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Carnet Libre

L'Italia e Viva

L'Italia e Viva

Habemus Draghi aurait-on dit au Vatican !

Après presque un mois d’une crise institutionnelle et parlementaire que seuls les italiens savent cuisiner avec le talent d’un chef 3 étoiles, l’Italie a depuis ce weekend un nouveau gouvernement.

Et pas n’importe lequel. Un gouvernement de haut niveau, avec Mario Draghi à sa tête. Un homme qui a su en son temps sauver l’Euro et probablement l’Union Européenne en tant que Président de la Banque Centrale Européenne.

Contrairement à 2011, lors de la fin du gouvernement Berlusconi IV et l’arrivée d’un exécutif 100% « technique », avec à sa tête l’austère professeur Monti, patron d'un gouvernement qui était né sans responsables politiques en son sein et ayant pour mission de mettre en place une politique imposée par l’Union Européenne, mettant au banc des accusés l’ensemble de la classe politique italienne; aujourd’hui la politique italienne a réussi le miracle incroyable de voir une union nationale que certains pensaient impossible.

Une union qui va de la gauche "radical chic" de Sinistra Italiana en passant par le Parti Democrate (PD), le Centre Renzien (Italia Viva), la droite libérale pro européenne Berlusconienne (Forza Italia), la droite populiste de Salvini (La Lega), jusqu’à inclure le fameux Mouvement 5 Etoiles (M5S) de l’ancien comique Beppe Grillo.

Seule la pasionaria de la droite nationale en Italie, Giorgia Meloni et son parti Fratelli d’Italia (qui depuis 18 mois à le vent en poupe dans les urnes lors des élections locales et régionales et dans les sondages) a décidé de rester dans l’opposition.

Certains diraient que toute cette opération ne fait que démontrer la faiblesse du système politique italien et que pour la énième fois, les jeux de pouvoir et les jeux de couloirs du Sénat italien ont permis à provoquer une crise politique. Que les partis sont aujourd’hui finis et grillés et incapables de gouverner.

Mais à y regarder de plus près, on constate que ce qui a été désiré par le Président de la République Italienne, Sergio Mattarella (dont on pense toujours qu’il est « sans pouvoirs » et bon à inaugurer les chrysanthèmes) a réussi le hold-up parfait.

En refusant de dissoudre le parlement, en imposant une figure de l’économie mondiale, il aura réussi, non seulement à créer un gouvernement des meilleurs techniciens pour des domaines importants et sensibles comme la transition écologique, la transition digitale, la justice et les finances, mais aussi à rassembler les forces politiques.

Avec une précision chirurgicale, il a même réussi à faire taire les mauvaises langues dans les partis politiques en prenant des représentants des « courants » que ceux-ci connaissent et traversent.

Bien évidemment, certains ont mal au ventre, aussi bien à l’extrême gauche au sein du Groupe parlementaire Liberi e Uguali (LeU) que dans les travées du M5S. Avec des risques de scission et la création de nouveaux mini groupes parlementaires.

Voilà de quoi créer un peu d’ambiance au sein de cette nouvelle majorité pléthorique et probablement tumultueuse, avec les adversaires et les ennemis d’hier, d’avant-hier, et de toute une vie, mais désormais compagnons de route et de voyage politique afin de pouvoir tenter de sauver cette Italie qui aura la possibilité de « dépenser » plus de 210 milliards d’euros, provenant du « Recovery Fund » pour se remettre de la crise sanitaire. Une chance unique, avec un montant exceptionnel, supérieur à l’argent de la reconstruction lors de l’après-guerre en 1945. 

Un pari un peu fou, mais quel défi politique! L’Italie, démocratie si souvent moquée, si souvent reléguée en « Serie B » comme au football, deviendra peut-être un nouveau moteur européen.

Avec un Président du Conseil des Ministres connu et respecté par le monde entier, partenaire des institutions européennes, de l’Allemagne d’Angela Merkel, de la nouvelle Amérique de Joe R. Biden, c’est la chance unique de voir émerger une nouvelle « Renaissance », 600 ans après la première.

A Genève, en pleine campagne électorale politico-judiciaire, nous en sommes encore au jeu de certains candidats de tenter de gagner des voix au travers d’un populisme désormais complètement dépassé qui dit : « je ne serai pas collégial » et du « je suis plus intelligent que les autres et je continuerai à faire ce qui me plaît… ».

Alors que nous avons la chance de vivre dans un système politique dont le fondement est le dialogue et la recherche du compromis, des meilleures solutions pour le quotidien de nos concitoyens, nous voilà coincés en pleine petite politique politicienne. Celle que nous aimions tant critiquer.

A force de nous croire bien « meilleurs » et « au-dessus », de ces pauvres italiens qui "à part se disputer ne savent rien faire", nous voilà à les regarder, probablement encore amusés mais surtout incrédules qu’ils puissent réussir à faire mieux que nous. 

Parce que contrairement à la notre, engoncés dans notre petit cynisme et notre ironie, la politique de « Super Mario » Draghi sera sans aucune doute « Al dente ».

 

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