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Carnet Libre

Hasta la Vista !

Hasta la Vista !

« Disparue, tu as disparue, disparue, au coin de ta rue, je t’ai jamais revue » chantait Jean-Pierre Mader en 1984.

Voilà la chanson qui devrait « célébrer » le résultat de Cuidadanos et du Partido Popular lors des élections régionales catalanes qui ont eu lieu le dimanche de la St Valentin, ce 14 février.

Le 14-F comme on dit en Espagne, aura été le symbole de la nouvelle débâcle du centre droit et de la droite lors d’une élection. Cette fois c’était les régionales en Catalogne. 

Le centre droit, national et Libéral, pro Européen, anti-indépendance était le grand vainqueur et démontrait que rien n’était joué dans l’histoire sans fin de la question nationale et indépendantiste de l’ancien bastion économique et culturel espagnol.

Cuidadanos devenait le premier parti catalan obtenant 36 sièges sur les 135 que compte le « Parlament », devançant les partis indépendantistes, dont le fameux JuntsxCat (Ensemble pour la Catalogne) de l’inénarrable Puigdemont et le parti Républicain Indépendantiste de Gauche (Esquerra Republicana).

Ainsi, les Indépendantistes perdaient-ils leur couronne de premiers partis de la « nation catalane ».

La droite classique du Parti Populaire s’était déjà effondrée en 2017 passant de 11 à 4 sièges, voyant par la même occasion disparaitre l’existence de son groupe parlementaire (il faut un minimum de 5 députés). Le tout dans la continuité du crash du parti de droite qui deux ans auparavant était déjà passé de 19 à 11 élus…

Parcours qui me rappelle étrangement la chute du Parti Libéral Genevois en Ville de Genève entre 2003 et 2011… 

Ainsi la droite était représentée par son « Centre » et le parti orange, tout beau comme son leader de l’époque, la « Shinning Star » Albert Rivera et sa coéquipière Ines Arrimadas. 

Il aura fallu moins de 4 ans, un effondrement total du Parti à l’orange lors des élections nationales en 2019 (passant de 57 à 10 députés aux Cortes), le départ du beau gosse Rivera, devenue étoile filante de la politique, retiré des affaires publiques à 40 ans, pour voir Cuidadanos couler en Catalogne le jour de la fête des amoureux et passer donc de 36 à 6 sièges dimanche. Triste épilogue pour un parti politique qui pourtant était né en terre catalane pour rappeler que l’indépendance n’était pas la seule option et que l’amour de la région passait par l’amour de la nation espagnole.

Le Parti Populaire, déjà moribond a réussi l’exploit de continuer à perdre et se retrouve aujourd’hui avec 3 petits strapontins et aucune valeur politique, dépassé sur sa droite par l’extrême droite de VOX qui passe de 0 à 11 élus d’un seul coup. En ayant l’outrecuidance d’avoir un Président de parti local d’origine de la Guinée Equatoriale et donc « premier métisse » qui deviendra chef d’un groupe parlementaire au sein du Parlement local.

La droite catalane est donc mourante. Asphyxiée par son inaction et par son incapacité à transformer la situation chaotique de la communauté autonome depuis plus de 5 ans. Une impasse juridico politique faite de procès, de fuites dans des coffres de voiture (les folles aventures de Carlos Puigdemont), et de violences urbaines à faire pâlir les gilets jaunes et leurs manifestations parisiennes. 

Il faudra beaucoup de temps et un grand travail de fond et d’explications avant que Cuidadanos et le PP retrouvent le chemin de la victoire que ce soit en Catalogne ou au niveau national, d’autant plus que la présence de l’extrême droite est désormais certaine sur le moyen voir le long terme. 

Pour se relever, elle doit se reconstruire. Individuellement ? Ensemble ? En créant une maison commune comme la tentative ratée de 2019 de rassembler les droites dans la coalition « España Suma » ?

En allant vers la création d’un nouveau mouvement unique avec un nouveau nom, un nouveau logo ? Après la décision des « Populares » de laisser leur siège historique de « Genova 13 » pour se défaire du passé victorieux des gouvernements Aznar et Rajoy mais aussi profondément marqué par de multiples et nombreux scandales de corruption, tout est désormais ouvert dans la possible refondation de la droite espagnole. 

La droite libérale prend le risque de finir avalée sur sa droite par la droite dure, nationale-populiste et sur sa gauche par une gauche qui veut désormais conquérir le territoire en friche du Centre.

Mais ce qui est arrivé en Catalogne dimanche soir n’est que l’énième coup de canif dans la vie de la droite et du centre droit dans les démocraties occidentales. 

Voilà des années, que comme pour le Covid-19, le virus de la destruction de la droite républicaine est partout. 

Aux Etats-Unis où le Conservatisme américain des années Reagan, Bush père, puis Bush fils a fini par se déliter complètement pour finir en lambeaux, détruit d’abord par le populisme des « Tea Party » de Sarah Palin et de ses amis, pour finir absorbé puis recraché par le « Trumpism » qui en aura fait un pudding peu frais et où le culte du chef est désormais plus important que les idées et que les valeurs à défendre.

En France, où la droite républicaine, malade de ne plus avoir de chef unique, se rappelle ses dernières heures de gloire, d’un président élu en 2007, qui aura eu pour héritage une des pires présidences françaises de l’histoire de la Vème République avec l’élection en 2012 de François Hollande. 

Nicolas Sarkozy, un chef qui aura non seulement réussi à perdre sa réélection mais qui n’aura même pas su gagner dans son camp lors de la « primaire de la droite et du centre » en 2016 afin de préparer les élections de 2017. 

Laissant le champ libre à la droite conservatrice des « relais et châteaux » d’un François Fillon, dont le conservatisme Thatchérien semblait d’un autre temps, entouré de la veille garde de la « Manif pour Tous », qui aura définitivement fait fuir le centre droit social et moderne, européen et libéral, dans les bras d’un Emmanuel Macron, opportuniste, ni de gauche, ni de droite. Roi du « En même temps », mais surtout ambitieux pour lui-même comme son quinquennat le démontre jour après jour. 

En Italie, même constat d’échec pour la droite libérale, représentée par Forza Italia dès 1994 et la descente dans l’arène politique du « Cavaliere », puis le Parti des Libertés, puis re Forza Italia suite à l’échec de la famille commune des centristes et de la droite (tout comme la fin de l’UMP suite à la fondation des « Les Républicains » en 2015, toujours par le « conquérant » Nicolas Sarkozy…) 

Vox en Espagne, Trump et le « nouveau patriotisme » américain, le Rassemblement National en France, l’UDC en Suisse, même le MCG à Genève, ils ont tous joués les cambrioleurs sans être Gentleman (n’est pas Arsène Lupin qui veut), et ont fini par dépouiller une droite qui ne sais plus qui elle est. 

Elle ne réagit plus. Quand la gauche lui vole son langage social, quand l’extrême droite lui vole sa vision de droite et la condamne à jouer les figurants.

Partout, les mêmes failles et les mêmes fautes. Partout les mêmes échecs. Partout les mêmes disputent sur les personnes et sur les chefs de file au lieu de se consacrer au « projet » et aux idées. 

Il n’est même pas question de parler de la gestion quotidienne, alors de là à demander la construction d’une vision de société pour les 20 ans qui viennent…

La droite classique et parlementaire est malade. Malade de ne plus savoir qui elle est ni où elle se situe. Incapable de se sortir du complexe de l’homme providentiel, du super héros charismatique qui viendra la sauver.

Sa rédemption ne peut venir que de l'action mais surtout de retrouver de la "Vista". Une vision non pas de la société d’avant, mais bien celle d’après.

La droite va devoir apprendre à jouer collectif, à oublier ses envies d’être gouvernée par un chef unique. Condamnée à se rassembler et d’assumer qu'elle n'est plus ni toute puissante, et que ses valeurs cardinales sont la liberté, la responsabilité et la solidarité. 

Sinon, elle sera condamnée à n’être plus qu’un zombie de son extrême droite ou le punching ball du boboisme de gauche, et aura, comme le disait la chanson de Jean-Pierre Mader tout simplement, elle aussi « disparue ».

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